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 Paris vu par Karel Klostermann

"Quand je suis retourné de Paris à Plzen, j'avais l'impression de m'être égaré dans un désert muet et il n'était pas facile de me faire au silence  relatif, qui régnait autour de moi, tellement je m'étais habitué à la vie bruyante de la capitale du continent." C'est ainsi que l'écrivain Karel Klostermann se souvenait de son séjour parisien, et ces mots étaient d'autant plus surprenants que Karel Klostermann devait sa célébrité littéraire à une région bien éloignée du tohu-bohu des grandes capitales. On aimait et lisait beaucoup ses romans, qui chantaient les beautés de la montagne, de la nature vierge du massif de la Šumava dans le Sud de la Bohême, et décrivaient la vie des montagnards. Néanmoins, l'impression que lui a laissé Paris était trop forte et lui a fait oublier pour quelque temps la beauté mélancolique des forêts de son pays. Tandis que la Sumava représentait pour lui la force de la nature, Paris symbolisait, pour cet écrivain le génie de l'homme.

 Il ne cachait pas sa fascination par la mégalopole sur la Seine, mais ne voulait pas occulter non plus ses côtés sombres. Il a réuni ses articles et ses reportages sur la capitale française dans un livre qu'il a appelé "Dans les lumières et les ombres de Babel".

La personnalité de Karel Klostermann était un heureux exemple de la symbiose fructueuse des éléments allemand et tchèque. Il est né en 1848 à Haag am Hausruck en Autriche, mais sa famille provenait de la Sumava et allait s'y rétablir un an seulement après la naissance de Karel. Son père, médecin, était descendant de fermiers de la Sumava, sa mère, Charlotte, venait de la famille Abele qui possédait des verreries dans cette région et descendait de huguenots français. Karel, qui n'avait pas terminé ses études de médecine à Vienne, s'est lancé pour quelque temps dans le journalisme et a fini par enseigner les langues au lycée technique de Plzen. Ses connaissances en langues étaient d'ailleurs impressionnantes, outre le tchèque et l'allemand, il maîtrisait le français, l'italien, l'espagnol, le russe, le serbo-croate, l'anglais, le polonais et le roumain.

Parallèlement, il menait une carrière littéraire. C’était un écrivain bilingue qui avait commencé à écrire en allemand et qui s'était mis, finalement, à préférer la langue tchèque. C'est en tchèque qu'il a rédigé la majorité des romans sur la Sumava qui lui ont attiré les faveurs du public. Il a amené le lecteur dans les forêts profondes, il lui a fait connaître l'existence difficile et austère des montagnards, forestiers, bûcherons, braconniers, flotteurs de bois et verriers qui habitaient la Sumava, il a décrit aussi d'une façon impressionnante les marécages de Bohême du sud. On le comparait souvent à Adalbert Stifter, un autre écrivain qui avait célébré dans son oeuvre la région de la Sumava. Les oeuvres complètes de Karel Klostermann, qui comptent 38 volumes, démontrent cependant qu'il s'intéressait aussi à d'autres sujets et qu'il a continué à écrire pour les journaux.
Il est mort en 1923 à Steken en Bohême, considéré comme l’un des plus grands écrivains tchèques de son temps.


"Je me suis rendu trois fois en France, deux fois à Paris, une fois à la campagne," se souvient Karel Klostermann dans son livre consacré à la capitale française "Dans les lumières et les ombres de Babel" et il en explique le titre. Babel ne symbolise pas pour lui seulement Babylone, mais il donne au mot sa signification originale - Bab-Bel - la porte du dieu. Paris est pour lui le haut lieu de la civilisation humaine, le foyer spirituel incomparable. "Les plus grands hommes, qui ont apporté le plus à l'humanité, écrit-il, ou sont sortis de ton sein, ou ont acquis dans les ateliers de ton esprit les aptitudes à la réalisation des tâches nobles qu'ils étaient appelés à faire." Paris est pour Klostermann aussi la capitale du goût qui apprenait toujours à l'homme l'art de vivre. Son admiration ne le rend cependant pas aveugle. Il ne cache pas qu'on trouve à Paris beaucoup de misère, qu'à côté du Paris honnête, spirituel, travailleur, riant et divertissant, il y a le Paris du péché et du crime, mais il s'en prend à ceux qui qualifient la capitale française de Sodome moderne. "... je suis persuadé, dit-il, que Londres, Berlin et les métropoles nord-américaines cachent dans leur sein plus d'horreurs, plus de perversion, plus de misère morale et matérielle que ce qu'on appelle Babel sur Seine. Toi, ville des villes, toi, belle et somptueuse Lutèce, tu partages le sort des belles femmes, et divers tartuffes et moralisateurs moroses ainsi que tes ennemis te calomnient comme ils calomnient ces belles." La première partie du livre est consacrée à la topographie parisienne. L'écrivain joue les guides, promène son lecteur dans les rues du Paris de la fin du siècle dernier, longe les quais de la Seine, flâne sur les boulevards, visite des monuments et des parcs, se rend aussi à l'exposition universelle de 1889, entre à la Salpêtrière, hospice pour les vieilles femmes. L'écrivain ne veut pas s'arrêter sur la surface des choses. "J'ai passé à Paris sept semaines, donc un temps assez court, mais j'ai eu l'occasion de pénétrer là où les autres n'auront jamais accès... écrit-il. J'ai à Paris un frère qui s'y était établi, il y a plus de trente ans, et a épousé une Parisienne. J'ai vécu dans sa famille et je me suis laissé guider lors de mes promenades par lui, ses amis et connaissances. Une telle expérience est plus valable que le séjour de toute une année."

Klostermann ne trouve des mots un peu ironiques seulement lorsqu'il parle du Tout Paris qui n'est, à son avis, qu'une fleur exotique parasitant le corps sain de la ville, et parle d'autant plus du peuple parisien. Il s'intéresse vivement au mode de vie, aux travaux et loisirs des gens du peuple, à la vie des bourgeois, à la condition de la femme. Il admire le tempérament des Parisiens. "Le courant de la vie apporte tout, tout, mais aucune tristesse, aucun chagrin véritable, remarque-t-il. Bien sûr, il apporte la désolation des existences perdues, écrasées, sans espoir, il apporte aussi une misère matérielle et morale incroyable, mais par-dessus tout cela on voit briller le rayon clair de la mentalité gauloise, qui, riant, s'amusant, défiant le sort, marche vers la mort, mais ne se laisse anéantir par rien...(...) Un Parisien triste est un phénomène bien rare".

Karel Klostermann se sent attiré par le peuple de Paris. Il apprécie le bon sens, la souplesse, la probité et l'aplication de l'ouvrier parisien et rend hommage à ces innombrables couturières, couseuses et modistes qui animent par leurs charmes et leurs rires les rues de la capitale. Il contemple la foule bigarrée des jeunes hommes et de jeunes femmes, avides de plaisir, qui se divertissent passionnément et se livrent parfois à la débauche, mais qui savent, aussi, bien travailler.

Karel Klostermann

Èarodìj ve vlèím dole 

 Povídka ze sbírky -  Odysea soudního sluhy.       Nakladatel : J.R.Vilímek 1910 

Le magicien dans la maison des loups.

 Tirée du recueil -  Odyssée du serviteur du juge.  

 Map of Auvergne France Department map of Allier

Il n'oublie pas non plus les femmes du monde et du demi-monde qu'il rencontre dans des cafés et avec lesquelles il ne refuse pas de causer, distraction qui est cependant assez chère, car ces créatures charmantes aiment, comme il dit, se gargariser de champagne. Il prend ardemment la défense de la femme parisienne contre les calomnies et proteste contre ceux qui, en Bohême, sous l'influence allemande, prétendent que les Parisiennes ne pensent qu'à la coquetterie, ne sont pas de bonnes mères, ont le coeur dur et manquent de morale. Il appelle les écrivains français, qui par leurs romans naturalistes ont nuit à la réputation de la femme parisienne, à user de leur plume aussi pour peindre les mères de famille et les honnêtes femmes parisiennes qui sont l'écrasante majorité.

Il regrette néanmoins que la Parisienne, généralement une excellente mère, soit obligée d'envoyer ses enfants à la campagne et confier leur éducation à des parents de substitution, à cause du climat parisien qui est malsain pour les petits. Il s'inquiète aussi à cause de la baisse de la natalité en France, il rit de quelques excès de la mode et critique l'anglomanie qui sévit dans les couches aisées de la société. Tout cela ne peut pas vraiment ébranler la profonde sympathie que Karel Klostermann voue à la vie parisienne. Malgré ses objections, Paris reste pour lui une des plus grandes expériences de sa vie, ville lumière, ville immense, insaisissable, qui se dérobera toujours à celui qui veut la connaître. "Si je passais toute ma vie dans ce coeur du monde, soupire-t- il, si j'avais toutes les ressources nécessaires, je ne pourrais pas comprendre tout, pénétrer partout, saisir tout par ma raison."

Thibault Haioun    

 

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3-III-09